NOMADIC VILLAGE




vue générale du village nomade
vue générale du village nomade

NOMADIC VILLAGE


Dans le nord de la Bulgarie, un village d´artistes nomades apparaït du 20 à 30 août 2009. Les participants arrivent avec leur logement, bus ou camionnette et construisent avec ces unités mobiles, un village temporaire. Le bus Steyr-Ikarus de Klaus Maehring, siège de On The Road Productions, reconverti en atelier et laboratoire photographique est dénommé mairie du village par ses habitants, sa place est centrale. Une yourte ramenée d´un voyage en Mongolie lui fait face et sert de bureau et d´espace internaute, toilettes et extension électrique viennent parfaire la structure de base. Organisé par On The Road Production et ouvert à tout artiste travaillant sur le nomadisme, cette rencontre se répartit en une semaine de résidence et deux journées de présentation publique.
Le Nomadic Village se situe à mi-chemin entre la petite ville de Pavlikeni et un village de roms, non loin d´une usine, d´une friche, de marais et de champs brûlés. Le choix d´un lieu en marge, délaissé, d´un tiers paysage tel que le définit Gilles Clément n´est pas anodin. Cette décision est même primordiale. En effet, l´activisme artistique de Klaus Maehring passe par le choix d´être en dehors des murs d´institutions existants, il refuse la clarté des espaces à la fonction bien établie.
Les murs divisent, les routes rejoignent. Les pratiques nomades brouillent les frontières entre les disciplines et chevauchent plusieurs domaines. Photographies, vidéos, sons, performances, installations, musiques, dialoguent. Le mélange des différents moyens d´expression comme la dimension multiculturelle est implicite chez les participants. Marta Moreno Muñoz par exemple est espagnole, elle vit aux Pays-bas, à Pavlikeni elle réalise avec les éléments du lieu et les habitants de la ville un projet interdisciplinaire " Future Communities " débouchant sur un film. Entre installation, performance, vidéo, son film évoque l´esthétique postindustrielle, post humaine. Surréaliste, presque voyant, le scénario est basé sur l´archaïsme des communautés futures.
Par essence subversif, marginal, le nomade circule grâce au détour, il n´a que faire du sens unique même s´il sait parfaitement où il va. L´artiste anglaise Bean spécialiste de performances à longue durée requalifie l´espace, en questionnant les limites d´un territoire. Toujours en phase de créativité, elle se met en scène en combinant différents éléments du paysage avec des vidéos, du texte.
Changement, multiplicité, univers en circulation, caractérise le mode de production de l´art du déplacement qui donne forme à une diversité d´expériences, de parcours. Ainsi, Lindsay Duncanson de Newcastle crée des installations temporaires à l´aide d´ illustrations, de texte, de petits objets. Elle les filme, les mélange et les re-projette. Sa caravane en forme d´œuf devient le lieu de projection, là défilent en continu les noms des cours d´eau traversés le long du trajet qui l´a amenée au village nomade.
Jooyoung Kim, artiste coréenne, pour qui, " nomadisme et vagabondage, sont le vrai état d´art " poursuit son projet chemin sacré, un rituel nomade qui de Corée au Japon, de Russie au Kazakstan, rend hommage au riz. L´artiste va chaque jour, au coucher comme au lever du soleil arroser un petit coin de terre qu´elle a délimité en tant que " terre sacrée ". Le dernier jour, pieds nus, elle offre du riz au paysage, une cérémonie pour un symbole d´alimentation commune.
La mouvance est une circulation, où il s´agit de faire passer de l´énergie autrement, c´est l´invention d´une vitalité et l´enthousiasme du chemin nouveau qui guide les artistes.Il s´agit d´un art d´adaptation aux contextes, aux changements, tout n´est ni prévu ni encadré, s´abandonner, improviser sont de mise. Arunakaij et Eva Zauner voyagent et travaillent avec deux enfants de quatre et six ans. Leur projet " cognition laissez-faire " est de laisser leurs enfants aussi libres que possibles, ne respectant qu´un minimum de règles. Arunakaij crée un film à partir de cette expérience où habits, voix, lumière, paysage nous renvoie au merveilleux et aux mystères de l´enfance.
Le nomade circule grâce au détour, à la débrouille, au bricolage. Marek Gabrysch réalise de petites installations acoustiques faisant résonner l´environnement grâce à des capteurs et à l´énergie solaire.


la source de Pavlikeni - réalisation finale
la source de Pavlikeni - réalisation finale

Lors d´un déplacement, espace et temps sont interdépendants, sons et couleurs se mélangent. Thomas Grusch Klaus Mähring du groupe Drama und Stern se promènent, poussant une brouette remplie de synthétiseurs, pianotant, jouant de la guitare électrique et chantant, ce duo à l´humour contagieux est plein de surprises, entre rock et techno sa musique un brin nostalgique est d´une fluidité sereine.
La route ne peut être perçue en une seule fois, de même la pratique du déplacement décentre, dérive, divague. Elle sonne la fin du chevalet, de la perspective, de la place du roi, du point de vue fixe privilégié. C´est ainsi que Martina Dandolo interroge la notion de paysage. Elle questionne la distance implicite existant entre la photographie et le paysage, en réalisant une série de sérigraphie au moyen d´une couleur extraite de baies croissant sur le lieu photographié.
L´art de la mobilité provient du grand désir de sortir de lieux institutionnels de l´art contemporain pour aller à la rencontre des gens. C´est un art proche de la vie, soucieux de tisser des liens avec la réalité. Le duo tadlachance poursuit son projet Sources et ressources, un voyage en Europe initié à la source de Saint Pons. Inspiré par l´antique coutume anglaise des well dressing, le duo rend hommage à la fonction poétique et symbolique des sources. A Pavlikeni, Madeleine Doré et Françoise Rod peignent en rose la source d´eau minérale thérapeutique où chacun vient boire, se laver les pieds ou nettoyer sa voiture. Elles interrogent chaque utilisateur sur ses points de ressources aussi bien intérieurs qu´extérieurs.
Ne cessant pas de s´opposer au matérialisme et à l´académisme, la pensée nomade se radicalise aujourd´hui, où nombre de frontières, de monopoles disparaissent, laissant place à la formation de micro communautés nomades. Tel le festival Burning Man, qui se tient chaque année dans le désert du Nevada, les rassemblement Rainbow ou la pratique du TAZ, Zone Autonome Temporaire théorisé par Hakim Bey, the Nomadic Village, propose une autre organisation de vie. Ainsi, la cuisine dans le village créée par Walter d´Asian Dub Kitschen est tout un art, végétarienne, basée sur les cinq éléments, créative, elle se fait avec conscience, lenteur et plaisir.
Errer, vaguer entraïne des surprises, des rencontres. Pour Mark Chia de Singapour tout peut être instrument, dans ses performances de sound music, il semble plonger avec une force de vie peu commune au fond d´une eau trouble.
Parmi les habitants du village, Ruediger Wassibauer est l´ambassadeur de Schmiede Hallein, un festival et une communauté de producteurs, très dynamique. Envoyé pour renforcer les relations diplomatiques avec On the Raod Production, il est accompagné de Gerald Shoberest, responsable de la documentation, producteur de films et vidéos au montage rythmé et enlevé. Leur présence débouche sur une invitation, le village nomade se rendra dans les gigantesques espaces de Schmiede, des anciens ateliers où était exploité le sel à Salzburg.
Le nomadisme est un mode de vie autant qu´un mode de pensée toujours en mouvement, refusant de se fixer à un endroit, à une certitude. Les artistes nomades ne cessent de se croiser, de s´entrecroiser de former de nouvelles chorégraphies, de nouvelles topographies.


Françoise Rod


Nomadic village
Projet sources et ressources de tadlachance
à Pavlikeni en Bulgarie du 20 au 30 août 2009


NOMADIC VILLAGE